Prix Jacques Parizeau 2016

2016 Serge Cantin

Survol de la carrière de Serge Cantin par Danièle Letocha

Si la figure de l’intellectuel est celle d’un esprit de recherche et de production auquel on peut rattacher des questions et des lignes d’enquêtes précises, alors le professeur Serge Cantin est sans contredit l’un des plus importants intellectuels du Québec.
Avec une formation en sociologie et en philosophie, il était en synchronie avec la pensée de Fernand Dumont dont il est devenu le disciple et l’ami. On lui doit la publication de recueils d’interventions, d’articles et d’entretiens de Dumont. Il a fait partie du Comité d’édition de ses œuvres complètes dont il a signé l’introduction générale. Cette grande édition érudite s’adresse surtout aux chercheurs. À l’autre bout du spectre, il a rédigé une pénétrante préface à l’édition du Lieu de l’homme pour la Bibliothèque québécoise (2005) qui assure la diffusion de Dumont auprès des étudiants et du grand public.
De cet héritage viennent plusieurs des lignes directrices de ses écrits : partant d’une théorie universelle de la culture, il s’est tourné vers le sort de la société québécoise dans un questionnement parfois sévère et inquiet mais toujours engagé.

Les questions qui l’animent depuis 1995 sont toutes liées à la quête du sens pour une nation, une société, un peuple : comment recevoir, porter, critiquer et transformer des traditions. Pour les Québécois, il s’agit de comprendre et de transformer le statut de l’ancienne société canadienne-française. La nation historique et son difficile passage à la modernité font l’objet, dans son œuvre, de plusieurs analyses qui toutes récusent la conception du pacte civique vide de valeur et de durée. Avec des équipes de recherche, il a étudié la brusque sortie du religieux au Québec. Ce qui l’inquiète, c’est que la religion n’est pas remplacée par un autre ciment social, par des valeurs communes puissantes et inspirantes. Pour Serge Cantin, ces problèmes de fondement et de convergence font obstacle au projet de souveraineté.

Depuis 1992, Serge Cantin a publié quatre livres; de plus, il a dirigé et codirigé quatre ouvrages collectifs singulièrement substantiels qui mettent au jour des tensions et des complexités anthropologiques dans la culture québécoise. Son dernier livre, La souveraineté dans l’impasse (P.U.L. 2014) insiste sur la responsabilité des intellectuels. Ainsi, on a pu lire sous sa signature huit textes dans la section «Idées» du Devoir. C’est un penseur qui, à 66 ans, laisse déjà une oeuvre considérable.

Il a démontré un engagement tous azimuts dans le rayonnement des études québécoises : – Déjà en 2002, il avait été nommé écrivain en résidence par la Ville de Lyon.
– Chercheur régulier au Centre d’études québécoises (CIEQ) à partir de 2005-
Titulaire de la Chaire d’études du Québec contemporain à la Sorbonne Nouvelle (Paris III) en 2008-2009
– Membre du C.A. de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) depuis 2010
En Europe, il a créé et maintenu des liens étroits et féconds avec les groupes d’universitaires chargés des études françaises hors de France et a publié avec eux. En Afrique, il a été invité à présenter ses travaux à l’université du Bas-Congo et à l’Université Unikin de Kinshasa (R.D.C.).
Les percées les plus remarquables pour les programmes d’études québécoises, il les a réalisées en Extrême–Orient depuis 2008. En effet, il a été invité à deux reprises à diriger des séminaires annuels à l’Université Hankuk de Séoul en plus d’y prononcer plusieurs conférences. De plus, en 2015, après plusieurs visites concernant le programme d’Études québécoises, il fut professeur invité à l’université Sophia de Tokyo où il a contribué à la traduction japonaise de L’Avenir de la mémoire de Fernand Dumont. Cette traduction vient de paraître chez Hakusuisha à Tokyo, avec une préface de 39 pages de Serge Cantin. C’est donc un important réseau de chercheurs en études québécoises qu’il a réalisé ou consolidé avec des équipes internationales.
Pour terminer, je mentionne que son livre Le philosophe et le déni du politique. Marx, Henry, Platon a reçu le Prix Raymond-Klibansky en 1993 et qu’il est le récipiendaire du Prix Richard-Arès 2014.

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