Monsieur Couillard et l’extrême-droite

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Aussitôt élu démocratiquement par ses pairs, Jean-François Lisée, et par ricochet le mouvement souverainiste, est vite devenu la cible du premier ministre Couillard d’une manière extrêmement pernicieuse et vicieuse. Depuis l’élection du chef de l’opposition, ce dernier laisse entendre que le PQ dirigé par monsieur Lisée deviendra un parti comparable aux partis d’extrême-droite européens ; ce faisant, il se discrédite lui-même. En outre, il persiste et signe. Comme le soulignait Antoine Robitaille dans Le Devoir du 11 octobre : « Il (monsieur Couillard) a dénoncé « une sorte de nationalisme d’assiégés, de nationalisme de peureux essentiellement, des gens qui ne veulent pas faire face à la diversité, qui préfèrent que le Québec reste replié sur lui-même [serait-il replié actuellement ?]. On le voit aux États-Unis, on le voit en Europe. C’est un mouvement foncièrement négatif pour l’humanité ». Comment donc avoir du « respect » et faire preuve « d’écoute » pour un mouvement qui est « foncièrement négatif pour l’humanité » ?

En allant aussi loin, il faut avoir du culot ou faire preuve d’ignorance ou pire d’un manque d’éthique pour affirmer une telle ineptie. Il s’agit là d’une position insensée et dangereuse. Mais il y a une limite à la manipulation éhontée et délibérément mensongère de l’opinion publique. Or, notre premier ministre ne semble pas évaluer la portée d’une analogie aussi grossière et lourde de sens. On ne joue pas impunément avec un qualificatif comme « extrême-droite », car le terme est vicié par un nationalisme identitaire étroit et des politiques xénophobes. En somme, en termes voilés, le premier ministre insinue que le mouvement souverainiste serait xénophobe, voire raciste; de telles assertions contribuent à antagoniser les rapports entre les citoyens et citoyennes issus de l’immigration et les Québécois et des Québécoises d’ascendance française. En faisant une telle déclaration, il sous-entend par le fait même que lui et son parti défendent des positions antiracistes alors que ses adversaires sèmeraient la division et la discrimination. Ça ne tient pas la route. Il a l’habitude d’utiliser la peur pour servir ses intérêts électoralistes, mais là, il a dépassé les bornes.

En tant que premier ministre, monsieur Couillard devrait s’élever au-dessus d’une accusation aussi caricaturale et réaliser que le Québec moderne se définit, dirait Émilie Tardivel, (Études. Revue de culture contemporaine, octobre 2016), comme une nation ouverte « constituée par des liens contractuels dans une communauté de personnes unies par le désir de vivre ensemble sous les mêmes lois, les mêmes mœurs et les mêmes institutions ». À notre avis, les positions du mouvement souverainiste québécois ne reposent certainement pas sur une conception fermée et frileuse de la nation. La référence aux orientations défensives anti-immigration et racistes des partis d’extrême-droite européens n’a rien à voir avec la situation québécoise.

La lutte contre le racisme et la xénophobie doit être constante, tout comme les actions pour favoriser l’intégration doivent être renforcées. L’intégration, on le sait, est un long processus de développement des habiletés à comprendre et à participer à la vie sociale, culturelle, économique et politique. En ce sens, le soutien de l’État s’avère essentiel et plus nécessaire que jamais. Il importe de consolider les programmes d’éducation et les actions antiracistes et les autres programmes d’action déjà en place depuis des décennies .

Bref, avant de s’aventurer sur le terrain glissant des accusations de dérives vers l’extrême-droite, monsieur Couillard devrait faire preuve de prudence avant de jouer cette carte démagogique pour discréditer et diaboliser son adversaire et le mouvement souverainiste. Certes, la tactique de la peur est usée, mais dans ce cas-ci, elle contribue à déplacer le débat d’une façon simpliste dans une zone dramatique, préoccupante, pernicieuse et critique au plansocial et politique, car elle fait appel à la distinction entre le « eux » et le « nous ». Avant d’utiliser un qualificatif aussi vicié que celui d’extrême-droite, le premier ministre aurait dû se regarder dans un miroir et évaluer ses dires et ses gestes, il aurait réalisé que ses actions ne suivent pas nécessairement son discours en matière d’intégration.

De plus, il nous apparaît clair que les politiques libérales fondées sur l’austérité font reculer les droits des minorités en contribuant à approfondir les inégalités sociales, économiques et culturelles, soit les facteurs fondamentaux déterminants au plan de la discrimination, de l’exclusion sociale et du racisme. La vérificatrice générale l’a démontré récemment… Avant d’accuser son adversaire de dirigeant d’extrême-droite, monsieur Couillard devrait vérifier le sens des mots qu’il utilise, car ils pourraient peut-être avoir un effet boomerang.
Joël Côté
Jocelyne Couture
André Jacob
Micheline Labelle
Andrée Lajoie
Ercilia Palacio-Quintin
Danic Parenteau
Pierre Serré
Membres du conseil d’administration des Intellectuels pour la souveraineté .

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