COURAGEUSE CATALOGNE, RESPECTONS SON DROIT À L’AUTODÉTERMINATION

f699af6_1171-1gyftts.5z0f36usor

Il est important que la quête d’indépendance de la Catalogne se fasse dans un cadre démocratique
Le 1er octobre, le gouvernement espagnol a choisi l’intimidation et la force policière pour perturber le vote sur l’indépendance de la Catalogne. Malgré une participation limitée, le peuple catalan a voté oui à 90 % à l’indépendance. La solution pour maintenir l’unité espagnole aurait consisté à négocier des arrangements constitutionnels mutuellement satisfaisants pour les uns et les autres. En principe, un tel dialogue aurait protégé l’unité espagnole. À l’opposé, aucune constitution ni aucune loi fondamentale, reflets de la domination de la majorité, ne sauraient séquestrer une minorité et l’empêcher de décider de son avenir, dont l’option de l’indépendance.

Relents franquistes
Après le référendum catalan sur l’indépendance de 2014, le gouvernement espagnol avait l’occasion de négocier de nouveaux arrangements constitutionnels satisfaisants pour tous. Or Madrid n’a jamais donné suite aux demandes catalanes répétées, à savoir la modification des rapports de pouvoir entre l’Espagne et la Catalogne (incluant les autres minorités).Le gouvernement espagnol a donc largement nourri l’insatisfaction et le nationalisme catalans. Lors du référendum du 1er octobre, il a jeté de l’huile sur le feu. Comme toujours, une communauté politique assaillie se solidarise pour faire face à l’agression. En l’occurrence, les interventions ultranationalistes portent des relents de la dictature de Franco.

Le parallèle Catalogne/Québec

Il faut d’abord faire comprendre aux Espagnols, aux Canadiens et à la communauté internationale que le respect du droit à l’autodétermination des minorités représente un stade supérieur du développement démocratique. L’approche actuelle des Espagnols rappelle la dynamique canadienne lors du référendum québécois de 1995. Au début de la campagne, à Ottawa, le parti libéral (centre), qui était alors au pouvoir, était convaincu de l’emporter et a détourné crapuleusement d’énormes sommes tirées des fonds publics. Après la quasi-victoire indépendantiste – la « Grande frousse » –, le premier ministre canadien et son ministre de la justice se sont empressés de faire adopter la « loi sur la Clarté référendaire », conçue pour tuer dans l’œuf toute velléité populaire d’un troisième référendum. Le gouvernement fédéral fit également adopter une formule d’amendement plaçant tout changement constitutionnels hors de portée du Québec. Les Québécois le savent, le gouvernement canadien est parfaitement capable de bafouer leurs droits et leurs règles démocratiques.

L’incontournable dialogue, base de la démocratie

Préserver avec succès l’unité nationale implique de gérer les rapports entre nations majoritaire et minoritaire par le dialogue. À l’opposé, le choix de la répression même en contexte démocratique provoque l’unité chez les minorités revendicatrices. Lorsque le dialogue fonde les rapports entre nations majoritaire et minoritaire, les victoires indépendantistes sont d’autant plus difficiles qu’elles exigent la démonstration de l’existence des rapports de domination. Un éventuel échec du dialogue reste toujours possible, mais il n’invalide pas l’option. Choisir le dialogue, pour une majorité, reste la meilleure voie afin d’éviter la violence et de respecter l’expression démocratique de la minorité. On pourrait considérer que l’Europe et les Nations unies ont la responsabilité morale de pousser les majorités à respecter leurs minorités, notamment le droit à l’autodétermination. Dans cette perspective, le Canada comme bien d’autres Etats, est aux prises avec des rapports minorité/majorité questionnant l’unité nationale et le régime politique. Comme le droit international , son droit intérieur reflète la domination de la majorité canadienne anglaise. Pour les Intellectuels pour la souveraineté du Québec (IPSO), il est impérieux de défendre l’idée d’un stade supérieur de développement démocratique, autant dans le cas Catalogne/Espagne que dans le cas Québec/Canada, ou que dans tout autre cas impliquant une minorité nationaliste vivant en démocratie.

Exiger la primauté du droit à l’autonomie

Nous dénonçons l’intransigeance des dirigeants madrilènes ainsi que leur gestion provocatrice et dangereuse de la question catalane au nom d’un légalisme rigide. Il importe d’en dénoncer les penchants autoritaires afin d’éviter d’éventuels débordements sanglants et d’exiger la primauté du droit des nations minoritaires à choisir leur avenir dans la paix et la sécurité.
Ce droit à l’autonomie ou à l’indépendance, respectueux des droits individuels fondamentaux, doit pouvoir s’exprimer même à l’encontre d’une loi fondamentale, d’une Constitution ou de jugements des tribunaux qui le nient. La position minimale des démocrates catalans (comme la mairesse de Barcelone) est de demander la démission des partisans de la ligne dure au sein du gouvernement espagnol actuel, en tête de file le chef du gouvernement Mariano Rajoy qui ne fut élu qu’avec 33 % des voix aux élections de 2016.
La résistance actuelle de la Catalogne face à l’agression de l’Espagne bénéficierait d’une protection de l’Europe, des Nations unies et de l’opinion publique internationale. Dans nos rapports Québec/Canada, rien ne garantit que notre partenaire serait plus démocratique que l’Espagne.
Pour une minorité, il est particulièrement important que sa quête d’autonomie (ou d’indépendance) se fasse dans un cadre démocratique, à défaut de quoi la répression créerait des conditions de conflits néfastes pour tous.
Dans toutes les démocraties « plurinationales », l’atteinte d’un stade supérieur de développement démocratique s’impose. Seul le respect du droit à l’autodétermination garantit la préséance des valeurs universelles de liberté et de fraternité.
Les signataires de cette tribune s’expriment au nom du collectif des Intellectuels pour la souveraineté du Québec (Ipso) : Philippe Bernard (trésorier), Charles Berthelet (membre du conseil d’administration), Michel Blondin (membre du conseil d’administration), Joël Côté (membre du conseil d’administration), Jocelyne Couture (membre du conseil d’administration), Micheline Labelle (vice-présidente), Andrée Lajoie (membre du conseil d’administration), André Jacob (secrétaire), Ercilia Palacio-Quintin (registraire), Jean-René Plante (membre du conseil d’administration) et Pierre Serré(président).
http://www.lemonde.fr/acces-restreint/idees/article/2017/10/06/d67e26626bab0b85f0cbd37cd7fdabfa_5197167_3232.html

 

print
Article précédent